Nos soutiens et témoignages

La famille d'Alain DECAUX

Le 30 novembre 2002, par un froid glacial, Alain Decaux accueillait son meilleur ami au Panthéon par un retentissant. Alexandre, enfin te voilà !

Vous l’aurez compris, il s’agissait de son cher Alexandre Dumas. Pour celui qui avait fondé La Société des Amis d’Alexandre Dumas trente-et-un an plus tôt, et qui n’avait ménagé ni son temps ni son énergie pour réhabiliter la demeure du Grand Homme, c’était un honneur et une consécration. Dans les dernières années de sa vie il lui écrivit même un Dictionnaire amoureux.

Aussi, lorsque notre ami Frédéric Nancel nous annonça vouloir créer une Association des AMIS D’ALAIN DECAUX avec ses amis cantiliens, nous savions qu’il serait heureux de sentir cette chaîne d’amitiés jamais démentie autour de lui, cette chaleur humaine qui rejaillit sur notre famille.

Les membres de l’association bouillonnent d’idées, pour que la mémoire d’Alain, de son amour pour l’Histoire pour tous, la langue française, la francophonie et le patrimoine lui survivent. Nous n’avons pu qu’adhérer et admirer les nombreux projets qui ont éclos. A commencer par le son et lumière qui commémorera le tricentenaire des grandes écuries lors des journées du patrimoine en septembre 2019. Puis l’année suivante, ces journées consacrées à l’histoire et au patrimoine que parrainent les plus grands historiens français d’aujourd’hui et ses enfants adoptifs que sont Stéphane Bern et Franck Ferrand.

Merci à tous ceux qui se sont mobilisés pour que ces projets se concrétisent. Sa maison l’Institut de France, son Altesse l’Aga Khan, la ville de Chantilly, les pouvoirs publics, et les nombreux amis qui ont adhéré et soutiennent cette formidable aventure.

Micheline, Isabelle, Laurent, Anne-Hélène DECAUX

De nombreuses personnalités, d’horizons diverses, ont souhaité apporter leur soutien à notre association. Chacun a une « histoire » avec Alain DECAUX et témoigne de son lien avec cette personnalité si chaleureuse et aux amitiés très variées. Cliquez sur les liens en jaune ci-dessous pour lire leur témoignage.

  • La famille d’Alain DECAUX :
    • son épouse Micheline,
    • ses enfants Isabelle, Jean-Laurent et Anne-Hélène
    • son neveu, François
  • Xavier DARCOS, chancelier de l’INSTITUT de FRANCE
  • Stéphane BERN, animateur de radio et de télévision, acteur et écrivain 
  • Franck FERRAND, écrivain, polémiste et animateur audiovisuel français spécialisé en histoire
  • Bruno SOLO
  • Patrick DE CAROLIS
  • Thierry HALAY,  auteur d’ALAIN DECAUX RACONTÉ
  • Yves BIENAIMÉ, l’écuyer-fondateur du Musée Vivant du Cheval
  • Sophie BIENAIMÉ, directrice de la Compagnie équestre des Grandes Écuries
  • Jean-Christian PETITFILS, écrivain, historien et politologue français
  • Patrice GUENIFFEY, historien français, directeur d’études à l’EHESS, chercheur en études napoléoniennes
  • Anne-Marie LETHUILLIER, assistante d’Alain DECAUX
  • Guy SAVOY, membre de l’Académie des Beaux-arts, chef étoilé français, élu meilleur restaurant du Monde en 2024
  • Nicole GARNIER, Conservateur général honoraire du Patrimoine, en charge de Chantilly(1992 à 2022)
  • Dominique GARCIA, Professeur des Universités, Président de l’INRAP
  • Laurent OLIVIER, archéologue et historien français, conservateur général du patrimoine, responsable des collections d’archéologie celtique et gauloise du musée d’archéologie nationale de Saint Germain en Laye
  • Raphaël DOAN, haut fonctionnaire, écrivain et fondateur de Vestigia (laboratoire dédié à l’usage des nouvelles technologies pour la découverte de l’histoire), auteur de plusieurs ouvrages faisant dialoguer l’Antiquité et l’époque actuelle
  • Arthur CHEVALLIER
  • Clémentine PORTIER-KALTENBACH, « essayiste, chroniqueuse histoire »
  • Florence et Éric WOERTH, amis, maire et élus de Chantilly
  • Dominique COCQUET – Auteur indépendant aux Éditions Arcantide de la série « Le Manuscrit du Nouveau Monde – une épopée de la Baie de Somme à un tournant majeur de l’Histoire » ; co-fondateur des Espaces Équestres HENSON ; Ancien dirigeant de Disneyland Paris (DGA) et de Villages Nature (DG)
  • Jean-Pierre BLAY, Université de Paris-Nanterre

Xavier DARCOS

(soutien pour le spectacle du tricentenaire des Grandes Ecuries de Chantilly)

« C’est avec intérêt que j’ai pris connaissance de votre courrier relatif au spectacle que vous proposez d’organiser à l’occasion des Journées européennes du patrimoine les 20 et 21 septembre 2019, pour célébrer le tricentenaire des Grandes Écuries de Chantilly.

Sensible à votre demande, sachez que l’Institut de France est heureux de vous accorder son haut patronage ainsi qu’un soutien financier qui permettra de contribuer au succès de cette manifestation.

L’Institut de France se réjouit d’accompagner un événement de nature à mettre en valeur le Domaine de Chantilly, et le patrimoine de manière générale. »

Xavier DARCOS, Chancelier de l’Institut

Stéphane BERN

Alain Decaux, 100 ans mais tellement présent !

Depuis sa disparition en 2016, que d’histoires il aurait pu nous raconter, à sa façon et avec son inimitable sens du partage de l’histoire pour tous !

Je me réjouis sincèrement de toutes ces initiatives pour rendre hommage à Alain Decaux et m’associe pleinement aux événements des AMIS D’ALAIN DECAUX qui célèbrent les 100 ans de la naissance de notre Académicien, car, pour beaucoup d’entre nous, nous le considérons comme le plus illustre de nos devanciers, celui qui avec sa faconde, son talent de conteur, a su faire aimer l’Histoire à plusieurs générations de Français.

Sans jamais vulgariser l’Histoire, il a su la populariser, la rendre accessible au plus grand nombre et ses récits, à la télévision, ou dans ses livres réussissaient à captiver petits et grands. Régulièrement, à chaque sortie d’un de ses livres, il était mon invité à la radio et malgré l’amitié et l’estime qu’il me témoignait, je l’écoutais religieusement, fasciné par la précision des faits et des moindres détails, mais plus encore par la passion qu’il mettait à partager ses connaissances.

Nous nous sommes souvent revus par la suite, notamment lorsque je présentais le festival des feux d’artifice de Chantilly, magnifique domaine du duc d’Aumale dont il avait la charge au titre de l’Institut de France.

Je suis très honoré de participer aux nombreux événements qui vont ponctuer l’année 2025 pour célébrer l’héritage d’Alain Decaux,

L’histoire avec Alain Decaux est toujours bien vivante !

Franck FERRAND

Franck Ferrand, aux côtés de Micheline Decaux et de Laurent Decaux.

Ambassadeur des Amis d’Alain DECAUX – Parrain du son et lumière : Le palais où le cheval est roi.

En 2025, le modèle de tous les conteurs d’histoire, Alain Decaux, aurait eu 100 ans.

Sa bienveillance et ses conseils ont accompagné mon parcours à la radio et dans d’autres médias – il les maîtrisait tous. Ma gratitude envers lui n’a d’égale qu’une fidélité sans faille à sa mémoire. Ceux qui ont eu la chance de suivre ses émissions se rappellent la précision, l’élégance, le feu de passion qu’il mettait dans ses récits.

On le sait à l’origine de bien des vocations – dont la mienne…

Eh bien je suis heureux que les Amis d’Alain Decaux, à l’occasion de ce centenaire, organisent ces colloques, ces expositions, ces émissions de radio et de télévision qui nous attendent. Un recueil anthologique de ses textes est même sur le point de paraître !

Je vais essayer de m’associer le plus possible à ces rendez-vous, avec l’espoir que vous y serez vous-même fidèles.

Dans son souvenir et son ombre inspirante, je vous souhaite de passer des moments magnifiques, habités de cette Histoire et de ces histoires qu’il aimait et faisait aimer.

Bruno SOLO

Je suis heureux et honoré de m’associer aux amis d’Alain Decaux pour célébrer le centenaire de sa naissance.

Alain Decaux !

La voix chevrotante, le ton un brin solennel, un regard de taupe, le geste raide, une physionomie austère…

Assis derrière un bureau mastoc, une morne carafe d’eau en guise d’unique accessoire devant un écran sur lequel on aperçoit de tristes diapos en noir et blanc !

Comment un tel homme a-t-il pu devenir l’un des héros de mon enfance, au côté de John Lennon ou Spiderman ?

Et bien parce que Alain Decaux, c’est la passion, la transmission, l’humilité, l’honnêteté, l’intelligence, la subtilité, l’éloquence, l’érudition au service d’une idée géniale… conter plus encore que de raconter l’histoire dans toute sa poésie et sa complexité …pour tous ! Sans exception. Sans distinction.

Photographe : ©Alex Pixelle.

Yves BIENAIMÉ

Les Grandes Écuries sont pour moi l’œuvre de ma vie.

J’en suis tombé amoureux dès que je les ai vues il y a soixante ans et j’ai voulu les sauver de l’abandon où elles étaient, en les faisant connaître. Avec ma femme Annabel et mes filles, j’ai alors créé par inspiration, en y mettant toute mon âme, le Musée Vivant du Cheval, sans subvention.

Nous avons transformé l’intérieur du bâtiment pour en faire un musée et offert en 1989 la statue de la Renommée, décapitée à la révolution, acte énorme de mécénat pour la petite entreprise familiale, qui a ainsi redonné aux Grandes Écuries, sa splendeur d’origine.

Alain Decaux m’a demandé de céder le Musée Vivant de Cheval pour la création de « la Fondation pour la Sauvegarde et le Développement du Domaine de Chantilly ».

Le Musée était alors le plus grand Musée Vivant du Cheval au monde, 4 500 000 visiteurs en 25 ans, une entreprise florissante qui payait la 2ème taxe professionnelle de la ville – 15 000 articles de presse en témoignent – grâce à ses spectacles, son côté vivant et pédagogique se mettant à la portée du grand public.

J’ai accepté par amour du lieu car l’Institut n’aurait pas eu les moyens de le restaurer comme la Fondation a pu le faire. Je peux y monter tous les jours, Sophie, ma fille continue mon œuvre par ses spectacles et je suis certain que mon âme, après mon départ, restera dans ce lieu.

Sophie BIENAIMÉ

Et dire que les Grandes Ecuries de Chantilly ont trois cents ans !

Que d’événements les ont traversées pendant ces trois siècles ! Créées par un prince visionnaire qui a eu l’incroyable idée de les installer non pas, comme de simples communs derrière le château, mais de les ériger seules tel un palais ! Ce qui en fait leur véritable originalité.

Grâce à mes parents, je connais les Grandes Écuries depuis mes 11 ans !

En 1982 ans, ils créaient le Musée Vivant du cheval pour sauver ces écuries et partager auprès du public leur passion du cheval. Le virus m’a gagnée. Depuis, j’ai toujours été fascinée par la somptuosité du dôme, exceptionnel écrin pour magnifier la grâce du cheval. En 2006,Son Altesse le prince Aga Khan crée la Fondation pour la Sauvegarde et le développement du Domaine de Chantilly avec un musée du Cheval revisité en 2013.

Alain Decaux a été d’un exceptionnel soutien pour Chantilly. Amoureux du domaine, je le vois encore visiter ces lieux aux côtés de Micheline, son épouse. Des yeux pétillants, un sourire aux lèvres et beaucoup de bienveillance pour chacun. Aujourd’hui, Frédéric Nancel, venu grâce à Alain Decaux à Chantilly, crée l’Association et le spectacle du Tricentenaire. Son amour pour l’homme d’histoire et sa passion pour le Domaine de Chantilly ne l’ont pas quitté. Frédéric a eu l’idée de monter ce son et lumière qui voit le jour grâce à sa pugnacité et sa passion et je l’en remercie..

Jean-Christian PETITFILS

Dans la lignée des historiens qui, refusant la sèche érudition, se sont attachés à rendre l’Histoire vivante auprès du plus grand nombre – on songe à des hommes aussi différents que Jules Michelet, Augustin Thierry ou G. Lenotre -, Alain Decaux occupe une place singulière. Sans doute fut-il l’un des premiers à utiliser les médias modernes : la radio, où un public instruit suivait assidument des émissions de grandes qualités, puis la télévision en plein essor, qui ne négligeait pas alors d’aborder la culture à des heures de grande audience.

Beaucoup se souviennent de son émission La Tribune de l’Histoire et de sa dramatique de 45 mn tous les samedis soirs sur France Inter en compagnie d’André Castelot et de Jean-François Chiappe, ou les reconstitutions historiques soignées, malgré la pauvreté des moyens, de La Caméra explore le temps, dues au talentueux Stellio Lorenzi, que l’on pouvait voir sur la première chaîne de l’ORTF.

Que dire aussi de ses spectacles monumentaux montés au Palais des Sports avec Robert Hossein, qui ont connu de prodigieux succès, Notre-Dame de Paris, Danton et Robespierre, L’Affaire du courrier de Lyon, Celui qui a dit non, Ben Hur, etc ? Ou de sa campagne fort remarquée dans le Figaro Magazine dénonçant l’état catastrophique de l’enseignement de l’histoire ? Ou encore de son œuvre en tant que ministre délégué en charge de la francophonie ?

À la vérité, ni la conjoncture, ni la technique, ni l’inspiration revendiquée d’Alexandre Dumas ou de Victor Hugo ne suffisent à expliquer sa célébrité. Ses succès bien mérités, ce travailleur acharné les devait à ses qualités propres : il savait à merveille conjuguer la clarté du conteur et la rigueur du chercheur, tout en créant autour de sa personne une empathie naturelle.

Qui ne se souvient de son regard fixe et impressionnant, plongeant dans la caméra, et du jeu persuasif de son index destinés à entraîner la conviction. Du grand art ! L’homme était chaleureux par nature. Dans tous les personnages qu’il évoquait avec maestria – hormis les monstres, bien sûr – il cherchait la touche d’humanité sincère, les élans de cœur et de liberté, y compris chez un révolutionnaire marginal longtemps décrié comme Auguste Blanqui. Son sens inné de la justice le conduisait à vouloir réhabiliter les oubliés ou les maltraités de l’Histoire.

Permettez-moi d’évoquer quelques souvenirs personnels. Il m’a fait confiance d’emblée en acceptant, en juin 1963, de publier un premier article dans la revue qu’il avait fondée trois ans plus tôt, l’Histoire pour tous. Nous ne nous connaissions pas. J’avais alors dix-huit ans. D’autres articles ont suivi en 1965, 1966 et 1967.

Nous nous sommes rencontrés pour la première fois en 1970, avec le délicieux Jean Prasteau, historien et chroniqueur au Figaro, lors du tournage d’une séquence télévisée sur le mystère du Masque de fer, sujet sur lequel je venais de publier mon premier livre à la Librairie Académique Perrin, notre éditeur commun, en attendant de partir pour mon service militaire ! Cela se passait à l’entrée des sous-sols de l’hôtel de Sully à Paris. J’étais dans une fort grande inquiétude face à la caméra. Il fallut refaire les prises et dépenser plusieurs mètres de pellicule. A peine arrivé sur les lieux du tournage, lui, très habitué aux médias, sut me rassurer, me mettre à l’aise. Grâce à lui, la suite de l’interview se déroula sans encombre. La bienveillance était un de ses traits de caractère.

Nous nous revîmes plusieurs fois à la Maison de la Radio sur le plateau de La Tribune de l’Histoire, où j’étais invité, soit par André Castelot soit par lui.

Je me souviens aussi de quelques émissions de télévision, l’une en particulier avec Pierre Bellemare. Avant de passer à l’antenne, il s’isolait un moment pour se concentrer et repasser méthodiquement dans sa tête ce qu’il allait dire sans la moindre erreur ni la moindre hésitation de langage : technique qu’il utilisera de façon systématique et tout à fait remarquable pour ses émissions « Alain Decaux raconte ». Jamais d’improvisation ! Tout était chez lui le fruit d’un minutieux travail de préparation, où la mémoire jouait un rôle essentiel. « Alain Decaux, forçat de l’Histoire », avait titré un jour France-Soir.

Je me souviens aussi de sa remise d’épée d’académicien à la Maison de la radio, au milieu d’une foule admirative et enthousiaste. Je l’avais félicité, lui le grand amateur de Dumas, d’entrer dans la prestigieuse compagnie des quarante mousquetaires du grand cardinal. Il m’avait remercié de son petit sourire inimitable.

Alain Decaux s’est trompé lorsqu’il assurait – sans doute par excès de modestie -, qu’après sa mort, son œuvre serait vite oubliée. Il est de fait que le grand thème dont il a été porteur, celui de « l’histoire pour tous », reste toujours vivant. Il lui doit beaucoup.

Faire connaître ses nombreux écrits et son action, perpétuer son souvenir sont les principales raisons d’être de l’association des AMIS d’ALAIN DECAUX, dans laquelle j’invite les disciples de Clio, amateurs, enseignants, chercheurs, érudits, à se reconnaître pleinement.

Patrice GUENIFFEY

Je n’ai pas eu la chance de connaître Alain Decaux. Je me souviens l’avoir aperçu à Versailles, dans un salon du livre d’histoire, peu avant sa disparition.

À l’époque où je dirigeais le Centre Raymond Aron fondé en 1984 par François Furet qui accompagna mes premiers pas dans la carrière, j’ai pu lire aussi quelques-unes des lettres de la correspondance qu’il avait échangée avec Alain Decaux.
Le nom d’Alain Decaux, pour moi, est surtout attaché au souvenir de mon enfance.

Non par la télévision dont, comme chacun sait, il fit avec André Castelot les beaux jours : mes parents ne voulaient pas d’un petit écran chez eux. Mais par les livres, et Alain Decaux fut de ceux qui me donnèrent le goût de l’histoire. Il ne fut pas le seul bien sûr. Je pourrais citer aussi les noms d’Henri Troyat et de Philippe Erlanger…

Je fus longtemps fasciné par le livre d’Alain Decaux sur « L’affaire de courrier de Lyon », et je crois bien que ce fut là mon premier contact avec la Révolution française à laquelle j’ai plus tard consacré quelques travaux.

Alain Decaux incarne aussi, pour moi, la défense de l’histoire et de son enseignement à une époque — la fin des années 1970 — où le second était particulièrement malmené. Moins qu’aujourd’hui assurément, mais enfin, nos gouvernants de l’époque, de Georges Pompidou à Valéry Giscard d’Estaing, trouvaient qu’on lui faisait la part encore trop belle !

Alain Decaux, par un appel lancé dans Le Figaro-Magazine, fut alors à la pointe du combat pour lui rendre toute sa place dans les écoles et, plus encore, pour lui rendre les caractères — chronologie, récit, incarnation — qui permettent de l’enseigner aux enfants.

Les universitaires jugent parfois avec un peu de morgue cet « historien du dimanche » qui aimait avec passion l’histoire, sans penser pour autant qu’elle devait être ennuyeuse. Je ne suis pas de ceux-là.

Alain Decaux aura été l’héritier et le continuateur d’une manière très française d’écrire l’histoire et qui, tout en respectant les sources et en s’interdisant d’affirmer ce qu’elles n’attestent pas, ne s’interdit pas d’adoucir la science par la littérature, seul moyen de faire revivre, dans la mesure du possible, ce qui n’est plus.

Anne-Marie LETHUILLIER

ASSISTANTE d’Alain DECAUX durant 37 années

« Historien, auteur de télévision, recherche secrétaire sténotyiste, vitesse moyenne, très ordonn. possib. déplacement. Ecrire avec réf. et préten. à Alain Decaux, 7, rue Henri Cloppet, 78110 Le Vésinet. »

Tel était le texte exact de l’annonce publiée le 18 septembre 1973 dans Le Figaro. Le destin a fait que, dans des circonstances incroyables, j’ai pu être choisie parmi la cinquantaine de candidates. Comment aurais-je pu prévoir que, de cette simple annonce, allait naître une longue et passionnante collaboration de trente-sept ans ?

Sténotypiste, il m’a tout dicté pendant de nombreuses années : La Tribune de l’Histoire, Alain Decaux raconte ainsi que tous ses spectacles et ouvrages sauf ceux destinés aux enfants. J’ai donc eu le privilège d’être sa première auditrice, sa première lectrice. Ce qui m’a toujours étonnée, c’est la spontanéité de sa dictée : jamais je ne l’ai vu consulter un seul plan préparatoire, que ce soit pour les émissions de radio et de télévision ou pour ses livres. 

Il avait seulement lu auparavant certains ouvrages traitant du sujet. Par exemple, pour la Tribune de l’Histoire, les dialogues des personnages lui venaient spontanément à l’esprit les uns après les autres, étant entrecoupés de la musique et des bruitages. Comment aurais-je pu oublier le premier sujet ? ll s’agissait de Dracula !

Lorsqu’il reprenait la dictée d’un livre, après être passé par la rédaction d’une Tribune de l’Histoire, d’une émission Alain Decaux raconte ou autre composition, il me demandait : « Où en suis-je ? ». Je prenais alors ma bande de sténotypie et lui dictais les dernières phrases. Aussitôt il reprenait son élan et les idées se succédaient comme si nous nous étions arrêtés la veille. Son indéniable talent de conteur faisait que tout se déroulait en images dans sa tête au fur et à mesure de la dictée : c’est là le secret qui a donné beaucoup de vie à toutes ses créations. Deux livres m’ont particulièrement marquée pendant toute cette carrière : Victor Hugo et L’Avorton de Dieu. Pour le premier, ce fut un véritable marathon pour arriver à livrer le manuscrit dans les temps : 1 035 pages.

Comment aurais-je pu penser aussi, ce 18 septembre 1973, qu’il allait être élu à l’Académie française en 1979, ministre de la Francophonie en 1989 puis Président du Collège des Conservateurs du Domaine de Chantilly en 1998 ? Que de merveilleux souvenirs de Chantilly restent gravés dans ma mémoire, où j’ai eu le privilège de travailler avec lui dans l’appartement qu’il occupait dans le Château d’Enghien, face au Château et au Musée ! Entre autres, la promenade que nous effectuions après une journée de travail dans le parc, alors que le château était fermé !

Je mesure aujourd’hui la chance que j’ai eue de pouvoir partager la passion de cet homme très érudit, mais aussi très humain et très simple. Oui, ce fut une véritable « collaboration », au plein sens du terme, sans nuage. Toujours il me demandait ce que je pensais de ce qu’il venait de dicter. Et, toujours, je lui faisais part de mes remarques si elles me semblaient justifiées.

Je ne puis aujourd’hui encore que lui exprimer tout ma gratitude pour la longue carrière que j’ai effectuée à ses côtés. Merci Alain Decaux.

Guy SAVOY

Déjeuner gastronomique pour la candidature de la France de la gastronomie au patrimoine mondial immatériel de l’UNESCO. Guy Savoy, Claude Brasseur, Alain Decaux, Joël Robuchon, Marc Veyrat et Michel Guérard. Avec l’aimable autorisation de Bertrand Rindoff-Petroff/Getty image pour l’association des Amis d’Alain Decaux.

Lors du premier épisode du spectacle « Chantilly, le Rocher des Trésors », j’ai tout de suite dit oui à Frédéric Nancel pour participer à ce Son et Lumière époustouflant qui célébrait avec Chantilly une page de l’art de vivre à la française et l’incroyable histoire du grand cuisinier Vatel et du château de Chantilly.

Ces histoires nous rappellent combien notre héritage culinaire est ancré dans les recettes et les Festivités du passé en mettant aussi en valeur toutes les richesses de notre patrimoine. C’est ainsi que nos métiers de bouche, nos produits, notre cuisine, nos arts de la table puisent leurs savoir-faire dans nos traditions et notre histoire, et qu’ils font rayonner notre art de vivre à la française partout dans le monde.

Aujourd’hui nous célébrons une autre fête, l’anniversaire de celui que j’ai bien connu et qui a tant œuvré pour la sauvegarde et le rayonnement du Domaine de Chantilly, mon ami Alain Decaux de l’Académie française. Il aurait eu 100 ans cette année. Je me souviens de son engagement et sa ferveur pour défendre la candidature de la gastronomie au Patrimoine mondial immatériel de l’humanité.

Alain était présent au déjeuner des chefs auquel participaient Marc Veyrat et mes amis Joel Robuchon et Michel Guérard, disparus depuis. Alain était incontestablement un grand « chef » de l’histoire et du patrimoine.

Thierry HALAY

Auteur d’ALAIN DECAUX RACONTÉ, Au service de l’Histoire, Éditions L’Harmattan

Comme des millions d’auditeurs, de téléspectateurs et de lecteurs, Alain Decaux me passionnait lorsque j’étais collégien puis lycéen.

J’aurais aimé l’avoir comme professeur tant il savait expliquer et mettre en valeur des épisodes souvent peu connus de l’Histoire.

Plus tard, en étudiant ses travaux, je me suis aperçu qu’il n’était pas qu’un formidable conteur, mais aussi un chercheur qui savait trouver à l’appui de ses récits des archives parfois inédites.

Il me semble d’ailleurs intéressant de remarquer que ce travailleur infatigable a mis à profit ses études en droit pour appliquer à l’Histoire les méthodes de recherche et d’analyse qu’il avait acquises.

J’ai aussi été impressionné par les nombreuses activités de cet homme-orchestre de l’Histoire, prolifique auteur d’une cinquantaine de livres et d’une vingtaine de scénarios de films et de spectacles, académicien, acteur de l’Histoire en étant ministre de la Francophonie, défenseur du château de Monte-Cristo puis œuvrant pour la mise en valeur du domaine de Chantilly, tout en étant attentif au patrimoine de proximité et à l’histoire locale, à laquelle je suis particulièrement attaché.

Enfin, j’ai été sensible au fait que cet humaniste généreux n’hésitait pas à aider et à encourager les auteurs de travaux historiques même lorsqu’ils n’étaient pas des personnalités connues.

C’est pour toutes ces raisons que j’ai publié cette biographie, issue de plusieurs années de recherche, qui je l’espère intéressera tous les amis d’Alain Decaux.

Florence et Éric Woerth

« Que le maire de Chantilly se soit senti le désir et je le crois le devoir de consacrer un ouvrage au duc d’Aumale voilà qui me touche particulièrement. »

Voici la première phrase de la préface écrite par Alain Decaux pour le livre d’Éric Woerth le duc d’Aumale.

En ces quelques mots tout est dit de l’amitié qui s’est noué au long de 11 années de présence d’Alain à Chantilly comme Président du collège des conservateurs, de l’admirable communauté d’esprit et de vue qui s’est développé entre 2 hommes pour l’avenir de ce château.

Des hommes remarquables Chantilly les attire depuis toujours ; d’Anne de Montmorency à Maurice Schumann et à Alain Decaux, à croire que certes la beauté du lieu mais surtout l’extraordinaire puissance qui s’en dégage ne peuvent s’associer qu’à l’exception.

Alain Decaux arrive en 1998 à Chantilly et fait raisonner sa voix connue de tous Les Français, au timbre pondéré et enchanteur pour la première fois le soir des Nuits de feu reprise à l’infini par l’éco profond de la forêt.

L’histoire recommence une nouvelle fois à Chantilly, inlassablement reprise par Alain qui se transforme peu à peu d’écrivain en fondateur d’une nouvelle époque pour le domaine.

Construire et encore construire pour les générations futures , son seul leitmotiv prendre l’histoire pour support d’un futur digne de Chantilly – le prince Aga Khan viendra finalement rejoindre ce groupe d’admirateurs et donner l’impulsion nécessaire.

Pour finir, Alain Decaux a-t-il eu, un jour, le rêve de réunir dans le parc du château tous les cantiliens pour un grand spectacle comme il sait si bien les écrire pour leur faire jouer leur propre rôle, eux spectateurs et acteurs d’une histoire merveilleuse,
celle d’un château sur son piton rocheux au milieu d’un lac, renfermant en son sein 1000 trésors.

Pour toutes ces raisons et pour bien d’autres encore Chantilly est tombée amoureuse d’Alain Decaux.

Aujourd’hui pour le Centenaire de la Naissance d’Alain remontent en nous tellement de souvenirs, de fêtes partagées, d’histoires écoutées, de paroles retenues. L’ombre d’Alain circulera toujours dans les allées du Parc au côté de celles de tous ses grands hommes et femmes qui vinrent à Chantilly, réfléchir comme lui au sens de la vie.

Laurent OLIVIER

Archéologue, Historien
Conservateur général Musée d’Archéologie Nationale
Expert de la civilisation Celte et Gauloise

Alain Decaux raconte. C’est mon enfance, quand la famille s’installait devant la télévision pour l’écouter. L’histoire a besoin de passeurs pour transmettre l’étincelle de l’espérance qui luit dans l’obscurité du passé. Sa voix nous rendait plus curieux, plus ouverts, en un mot plus humains. Il croyait en la puissance de la conscience, qu’apporte la familiarité du passé. Je transporte avec moi cette petite braise qu’il m’a passée et qui ne doit pas s’éteindre.

Clémentine Portier-Kaltenbach

Copyright photographe : Delphine Ghosarossian / France Télévisions

Emmenez-moi…

Rien n’est plus fort qu’un rêve d’enfant !

Je dois à Alain Decaux l’une des plus belles « échappées » de ma jeunesse : la tête déjà fort encombrée de « Rois maudits », de Thierry La fronde et Thibaut les Croisades, d’épisodes inoubliables de la Caméra explore le temps qui, semblant tenir davantage du reportage que de l’œuvre de fiction, procuraient au téléspectateur l’impression miraculeuse d’une plongée dans le temps au réalisme grisant, j’eus l’occasion d’entendre Alain Decaux évoquer Saladin et le Krak des Chevaliers, le plus grand château fort au monde. 

Ce jour-là, je me promis d’aller un jour visiter cette forteresse, quelque part dans la partie syrienne de la plaine de la Békaa. Quand finalement je m’y rendis, j’avais 25 ans… mais Alain Decaux, m’y avait déjà emmenée, bien des années auparavant, par la seule force de son récit. C’est dire quelle fut mon émotion quand, des années plus tard, je le croisai sur le plateau de Secrets d’Histoire dont j’étais devenue l’une des chroniqueuses attitrées.

Artisan majeur de la passion pour l’histoire de plusieurs générations, Alain Decaux reste un modèle et une source d’inspiration. Puissions-nous, à sa suite, dans une époque où l’image est reine, parvenir à communiquer, à transmettre cette passion, à solliciter et à nourrir la curiosité et l’imagination des plus jeunes, et avec la même fougue, la même sincérité, le même enthousiasme, car pour paraphraser André Malraux, cette histoire ne peut être la leur qu’à condition qu’il l’aime !

Jean-Pierre Blay

Un Historien qui compte !

L’oeuvre d’Alain Decaux est forte d’une cinquantaine d’ouvrages, mais c’est sa présence dans les médias que retiennent les Français. De « La Tribune de l’Histoire » en 1951 sur les ondes de Paris-Inter à son programme « Alain Decaux raconte » sur la chaîne du service public (1969-81) et ses apparitions télévisées jusqu’en 2009, il aura inventé une narration pédagogique illustrée, mêlant la grande histoire et  a petite, au point de rendre difficile la frontière entre histoire savante, d’essence critique et universitaire et l’histoire non-savante concentrée sur l’anecdotique.

Il réussit à questionner Les grands secrets et les grandes énigmes (1966) autant qu’à distraire par son érudition. Sa capacité à s’adresser à tous les publics fut le secret de sa longévité dans les médias et, sans que la vérité scientifique de sa discipline ne souffre de simplification critique à force de vouloir être accessible. 

La vulgarisation demande en fait beaucoup de travail d’écriture et un choix des mots tout académique. Aussi, lorsque l’Académicien raconte aux enfants L’Histoire de France (1987) ou La Révolution française (1988), il ne galvaude pas les concepts, et rend perceptible les périodes du roman national. 

Il permet ainsi à l’Histoire de n’être pas marginalisée dans la culture contemporaine et de s’inscrire dans la Mémoire collective de chaque génération consciente de la singularité française. Alain Decaux a aidé à la transmission de notre héritage mémoriel aux jeunes qui ont autant besoin d’une connaissance du passé que d’éprouver une fierté de se sentir Français au travers des grands hommes et des grandes réalisations. 

Il a oeuvré à la sédimentation des connaissances et des souvenirs mêlés ; ce que Proust appelait, « les gisements profonds du sol mental » et que Pierre Nora définit dans « Histoire et médias » (Le Débat, 1984) comme, « le noyau d’identification mythique » sans lequel il n’est pas de pédagogie historique possible. 

L’Historien fut innovant avec son Histoire des Françaises (1972) bien avant que Georges Duby et Michèle Perrot ne fassent de L’Histoire des Femmes (1991) un thème durable de la recherche universitaire. Ses collaborations avec Robert Hossein complètent, par le théâtre, sa conception du lien entre espace public et culture de masse de qualité.

Sa contribution multimédia en fait un communicant moderne. Sa façon de présenter les ancrages chronologiques et les événements fondamentaux de notre Histoire nationale en fait un Historien qui a redonné à l’événement et aux personnages historiques une légitimité que les universitaires de la « Nouvelle Histoire » avaient abandonné au profit des analyses des grandes structures socio-économiques. 

La commémoration du Centenaire d’Alain Decaux donne l’opportunité de remettre en perspective ses apports à l’historiographie et, d’une façon générale à la culture, et on perçoit en lui un Historien qui compte.

Dominique COCQUET

Alain Decaux : « Il ne parle que d’avenir ! »

Grâce à mon ami Frédéric Nancel, j’ai eu la chance de rencontrer plusieurs fois Alain Decaux à Chantilly, qu’il aimait tant et qu’il a tant marqué de son empreinte.

Je me souviens, notamment, d’une journée exceptionnelle, lors des Championnats du Monde de Polo de 2004, où nous avions déjeuné dans le Parc du Château, en plein air, sous un ciel radieux, avec tous nos amis élus et personnalités de Chantilly, puis l’avions emmené dans un attelage à quatre chevaux Henson depuis le château d’Enghien jusque sur le terrain d’honneur du polo à la Ferme d’Apremont.

Je reverrai toujours sa tête lorsque nous sommes entrés au trot sur la pelouse impeccable, au milieu des vivats. Quel rayonnement ! Mais aussi quelle simplicité ! Et surtout, quelle joie de vivre !

Mais ma rencontre la plus marquante avec lui, c’était un jour à Paris, avec son grand complice, Robert Hossein. Je les avais contactés parce que dans la grande entreprise où je travaillais, nous recherchions une expression monumentale d’un spectacle vivant. Nous étions ainsi attablés pour un petit déjeuner dans un grand hôtel parisien pour qu’ils nous dévoilent leur idée que nous attendions avec impatience.

Leurs yeux brillaient, presque comme des enfants malgré leur âge déjà certain en nous déroulant scène après scène, comme si nous y étions déjà.

Je tairai le titre exact de ce spectacle, tiré d’un film universellement connu qui relatait un épisode illustre de la Deuxième Guerre Mondiale en Asie. Je les observais simplement en buvant les paroles d’Alain et une pensée impérieuse me traversait l’esprit : « Il ne parle que d’avenir ! ».

Pour le grand historien qu’il fut, n’est-ce-pas, aujourd’hui encore, le plus beaux des compliments, j’aimerais faire de lui ?

Le Manuscrit du Nouveau Monde
« Une épopée de la Baie de Somme à un tournant majeur de l’Histoire »

  • Tome 1 : Le Basculement du Monde (1775-1789)
  • Tome 2 : Le Déchaînement du Monde (1789-1797)
  • En préparation : Tome 3 : Le Déferlement du Monde (1797-1815)

Nicole Garnier

Copyright photographe : André PELLE

Alain Decaux, l’humour et la gentillesse personnifiées… Comme tout le monde, j’avais lu « Decaux et Castelot » et regardé « Alain Decaux raconte » à la télévision quand j’étais une adolescente rêvant de devenir historienne.

Je le connaissais comme un conteur aux connaissances inépuisables qui savait vous tenir en haleine.

Quand il a rejoint le collège des Conservateurs de Chantilly, j’ai découvert l’homme.

Il m’est souvent arrivé d’arpenter les salles du musée Condé en sa compagnie pour lui présenter nos activités, restaurations, acquisitions ou expositions, et j’ai alors pu mesurer à quel point il était connu et apprécié ; j’avais pourtant l’habitude d’escorter des personnalités de passage, ministres en exercice ou officiels de toutes sortes, mais à chaque pas les visiteurs français ou étrangers nous arrêtaient pour le remercier, voire lui demander un autographe.

Je me rappelle en particulier d’une touriste sud-américaine qui avait appris le français en regardant la télévision française et qui était émue de le voir en chair et en os, tel un monument historique, plus impressionnée par lui que par le château de Chantilly et ses trésors artistiques. Très accessible, il répondait toujours aimablement avec son sourire malicieux et une grande bienveillance.

Dominique Garcia

Copyright photographe : D. GOUPY

La « Fabrique de la France, 20 ans d’archéologie préventive » : une autre exploration du temps.

L’archéologue « explore le temps ». Même si Alain Decaux avait peu exploré, sinon en dehors du territoire national, avec l’Egypte ancienne et la Troie de Schliemann, ce temps de long de l’histoire et ces « archives du sol » qui définissent l’archéologie, son influence d’historien médiatique fut importante. Sur le chemin qu’a tracé Alain Decaux, l’archéologue doit pour chaque strate mise au jour, page d’histoire lue par le spécialiste, partager le récité avec le plus grand nombre.

DOMINIQUE GARCIA

C’est un fait, tout site exploré révèle des archives inédites dont l’analyse et la mise en perspective permettent d’éclairer d’un jour nouveau l’histoire de l’espace qui, aujourd’hui, compose la France, dans l’Hexagone et les outre-mer : vestiges microscopiques et bâtiments en élévations, gisements sous terre et dans les océans, lieux nommés ou anonymes, villes et campagnes…

Cette exploration est un récit sur le temps long, sur près d’un million d’années, des premiers hominidés, dont nous conservons encore quelques gènes, aux vestiges de l’ère industrielle et des derniers conflits mondiaux dont on perçoit toujours les stigmates. Mais elle embrasse aussi la néolithisation, qui porte en germe l’Anthropocène, les témoignages pluriels des communautés de l’âge du Bronze et de la Gaule indépendante, la romanisation sous toutes ses formes, puis le Moyen Âge et l’époque moderne, dont l’étude archéologique pourrait paraître superfétatoire si archives papier et iconographie ne constituaient pas une documentation partielle et parfois partiale.

Ce récit, rigoureux et sans cesse enrichi, ne sert pas forcément le mythe des origines ou celui du roman national ; il est avant tout celui de nos territoires dans tous leurs états. Il ne vise pas tant à donner des racines à certains qu’à offrir à tous des repères, comme nous y a fortement contribué Alain Decaux : illustrer l’appropriation et l’évolution des paysages, la constitution matérielle des identités, les permanences et les innovations techniques, les migrations et les héritages, la construction des espaces politiques, les conflits et la convivance, le local et les formes de mondialisation, les mutations économiques, sociales et culturelles… tout ce qui a concouru à la Fabrique de la France, qui en révèle la matérialité, qui en autorise une approche spatiale et qui en éclaire l’idéel.

Raphaël DOAN

Né en 1993, Raphaël Doan est haut fonctionnaire, écrivain et fondateur de Vestigia, un laboratoire dédié à l’usage des nouvelles technologies pour la découverte de l’histoire. Il a récemment publié Si Rome n’avait pas chuté (Passés composés, 2023).

Je fais partie de la génération pour qui Alain Decaux était lui-même, en quelque sorte, un personnage historique. J’ai grandi avec ses livres et plus tard, avec ses émissions que je retrouvais sur internet. Alors qu’elles parlaient du temps passé, elles n’en ont pas subi les affres. 

Goethe disait que « lorsqu’on n’a pas lu les journaux pendant plusieurs mois et qu’on les lit ensuite tous d’un coup, on réalise, comme jamais auparavant, tout le temps perdu avec ce genre de littérature », et il aurait sans doute pensé la même chose des émissions de radio ou de télévision. Mais celles d’Alain Decaux ne donnent pas une impression d’éphémère ; au contraire, elles sont devenues, elles-mêmes, un patrimoine.

Rendre l’histoire vivante sans la déformer, retrouver l’humanité de chaque époque sans lui faire perdre sa singularité : voilà le génie de son travail. Quand il racontait Napoléon ou Catherine de Médicis, il nous montrait des êtres de chair et de sang. Il avait, en outre, le talent admirable de se servir des technologies de son temps pour en faire le vecteur des siècles passés. Dès 1957, avec « La Caméra explore le temps », il avait compris que la télévision pouvait devenir un formidable outil de transmission du savoir historique, et réalisé un rêve que Malraux aurait voulu généraliser dans toutes les classes. Nul doute que, s’il avait été actif aujourd’hui, il se serait saisi avec enthousiasme des possibilités offertes par le numérique et, peut-être, l’intelligence artificielle.

À l’heure où certains opposent trop rigoureusement histoire académique et histoire grand public, il nous rappelle, de manière toujours vivante, que si l’acquisition du savoir est une science, sa transmission est un art, qui ne demande d’ailleurs pas moins de rigueur. Il nous a légué cette conviction profonde : l’histoire appartient à tous ceux qui veulent la comprendre et la faire vivre.